Le papageno des broussailles

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  • Publicado : 17 de enero de 2012
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Le Papageno des broussailles (*) (1)

On l’appelait “le mâle” sans en connaître la raison. Il parcourait les champs de Tacuarembó, aux alentours de la Vallée Eden, pauvrement couvert d’un costume mis en lambeaux au contact des pailles aigües et des ronces épineuses des broussailles, sur sa chair dépourvue, depuis toujours, de toute apparence angélique. La ceinture qui soutenait ses pantalonsbouffants de campagne était, pour lui, indispensable; il s’en servait pour construire des pièges ou pour fouetter le cheval qu’il monatait sans selle et qui était son seul véhicule. Son groupe de compagnons avait pris l’habitude de se communiquer en parlant un langage inintelligible, au cours de longues parties de chasse, après lesquelles il revenait assoifé à sa tanière, construite avec des troncset des branches sèches, pendues à des tôles des zinc, volées aux maisons voisines. Il se nourrisait des tatous, de lièvres ou de perdrix grillés en plein air. Un lévrier trouvé, petit et blessé, et une rosse rétive qui le portait sans mémoire par des sentiers inexistants, lui tenaient compagnie. Le soleil était sa montre, un eucalyptus rouge l’ombre qui l’abritait.

Il aimait chasser desoiseaux.

Il s’y livrait avec frénésie, sans pauses, depuis une longue et pénible enfance oubliée et sans motif apparent. Pour lui la vie avait commencé ainsi depuis longtemps et s’en tenait au flux lent et changeant de la nature.

La fabrication de frondes de différentes dimensions l’occupe pendant d’interminables heures. Viser des moineaux ou les fournier lui coupe la respirationpendant que la bave coule du coin de ses lèvres. Il n’est pas très au courant de leurs habitudes et s’intéresse davantage aux animaux qu’on peut manger. Il connaît bien leurs formes de telle sorte que, les ramassants morts de ses mains tannées, il distingue un cardinal d’un “sabiá” et d’une “tijereta” (2). Il est même arrivé à reconnaître leur sexe, ce qui d’autre part en l’intéresse guère. Car il resteindifférent face à sa propre sexualité récente, qui le guette au cours de nuits sans passion, surpris dans le maquis ombragé ou dans les cannaies où l’on se perd. Il s’éveille à la pulsion qui l’inonde sans le voulior, par des rites d’initiation humides, gauches et solitaires. Cette adolescence à l’écart cohabite, depuis des années, avec un corps détaché du temps et de la nécessité. Il granditlentement, sale et trempé, dans cette primitivité avec ce seul plaisir répété de la chasse aux oiseaux. Il les tue, de préférence, en plain vol, attiré probablement par la difficulté, obstiné et maladroit. Il les laisse souvenant au sol et se cache derrière un arbuste pour le plaisir de voir les oiseaux de proie, les corbeaux et les vautours s’approcher et ramasser la proie qu’il leur offre comme unbanquet dionysisiaque. Il en s’intéresse pas aux oiseaux qui en volent pas, tels las nandous. Tout au plus cherche-t-il leurs nids pour manger leurs oeufs succulents. Les oiseaux aquatiques ne présentent pas non plus d’attrait pour lui, ni les hérons qui habitent les terres où poussent des joncs épais. Les chouettes et les “urutaúes” (3) lui échappent par l’habitude nocturne de s’endormir tôt, aucrépuscule. Le battement d’ailes du colibri le plonge dans le désarroi et il imite les sons des oiseaux chanteurs et des calandres, voulant simuler le chant du retour au terrier où va se poser une éxistence ardente.

Connaissait-t-il les hommes autant que les oiseaux?

Ses relations humaines se réduisent au strict nécessaire. Dans les groupes réunis autour du feu, les campagnards dulieu tissent des histoires interminables comme le font les personnages qui disposent de tout leur temps. Dans ces groupes on l’appelait: “El Montaraz” (4). Un vieux gaucho qui connaissait les détours de la campagne et les labyrinthes de l’âme veillait sur lui depuis l’âge de huit ans, quand il fut trouvé, déjà orphelin. Il assura sa survie, avec des morceaux de pain, au cours de joyeuses...
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