Trujillo, memoire historique

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Des articles de journaux jaunissent sur le mur de la petite chapelle en bois. "Le corps du père Tiberio Hernandez a été retrouvé décapité, démembré et castré dans les eaux du fleuve Cauca", titre l'un d'eux, daté du 17 avril 1990. A côté est épinglée la photo d'une jeune fille: la nièce du curé, violée et assassinée devant lui. Sur le cahier relié, les paroissiens de Trujillo ont consigné deleur écriture maladroite leurs souvenirs du prêtre et de la sanglante tourmente qui, il y a 20 ans, s'abattait sur leur région. Niché dans la verdure de la cordillère des Andes, dans l'ouest de la Colombie, la municipalité de Trujillo compte aujourd'hui 22 000 habitants, plus de la moitié vivent en zone rurale.

Entre 1988 et 1994, 342 personnes y ont été torturées et assassinées, selon lescomptes de l'association locale des familles des victimes. Des dizaines de corps n'ont jamais été retrouvés. C’est à cette époque que le conflit endémique que connaît le pays s’est emballé. La trafic de drogue a Une violence multiforme s’est alors superposée aux rivalités politiques traditionnelles. Militaires, guérilleros, narcotrafiquants, paramilitaires et autres délinquants se disputent depuis lecontrôle du territoire.

Plusieurs fois profané, un modeste "Parc de la mémoire" surplombe le gros bourg de Trujillo et son clocher blanc. Les restes des victimes ou, en leur absence, des photos et des objets leur appartenant, ont été scellés dans le mur qui serpente le long du chemin. Sous chaque plaque commémorative, une fresque naïve rappelle le métier du disparu : paysan, cueilleur demûres ou de café, menuisier, instituteur, infirmier... Doña Consuelo qui fleurit et fait visiter l'endroit, a perdu son mari, torturé par l'armée et décédé cinq mois plus tard. Deux de ses fils ont disparus. Ils avaient 14 et 16 ans.

Gloria Amparo Espinosa, la jeune maire de la ville se dit, elle, "chanceuse" puisque son père, abattu d'une balle dans la tête, n'a pas été torturé et qu'il a pu êtredignement enterré. Un privilège. "A Trujillo, les bourreaux ont usé de techniques de torture et fait preuve d'une cruauté sans précédent, démembrant à la tronçonneuse leurs victimes encore vivantes", rappelle le sociologue Alvaro Camacho. Au cours des années 90, la tronçonneuse deviendra le symbole des massacres perpétués par les paramilitaires et des "écoles de la mort" qui se répandent dans lepays. Les jeunes miliciens y apprendront à dépecer les corps humains.

"Trujillo, une tragédie qui n'en finit pas", c'est le titre du rapport qui doit être officiellement présenté le 16 septembre par la Commission Nationale de Réparation et réconciliation (CNRR). Créée en 2005 dans le cadre du processus de démobilisation des paramilitaires, cette commission de la vérité à la colombienne a misen place un groupe de travail sur la "mémoire historique". "Quand l'impunité est la règle, la mémoire devient une forme de justice pour les victimes", explique l'historien Gonzalo Sanchez qui dirige l'équipe d'universitaires chargés de reconstruire un demi-siècle de conflit armé.

La tâche est trop vaste pour pouvoir être menée à bien : 2505 massacres - et un total de 14 000 victimes - ontété recensés entre 1982 et 2007. Gonzalo Sanchez et ses collègues ont donc choisi de travailler une série de cas emblématiques. Trujillo a eu la primeur. Mardi dernier, toute l'équipe a fait le voyage pour présenter le résultat de ses travaux - un rapport de 300 pages - aux habitants de Trujillo. Une cérémonie a été organisée dans le Parc de la Mémoire.

"Nous pensions que, 20 ans après le drame,les tensions et les passions étaient ici apaisées", raconte la politologue Maria Emma Wills. Un travail de mémoire y avait déjà été fait - dans lequel les femmes et l'Eglise - ont joué un rôle déterminant. Mais les coupables n'ayant jamais été punis, les corps de dizaines de victimes n'ayant jamais été enterrés, les blessures ne sont pas refermées. Pire encore, les milices au service des...
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