Voyage au bout de la nuit

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Louis-Ferdinand Céline

Voyage au bout de la nuit

1932

Scanné et relu d’après un exemplaire des éditions Gallimard du 24 janvier 1986, collection Folio (les notes appartiennent à une édition ultérieure). La ponctuation a été scrupuleusement vérifiée sur cet exemplaire, qui semble parfois fautif ; il conviendrait alors de se reporter à l’édition de La Pléiade. Tous les retours à la lignesn’ont pas été vérifiés ; il est donc possible (mais rarement) que quelques lignes forment un paragraphe alors qu’elles devraient s’enchaîner au précédent. Enfin, si vous souhaitez diffuser ce texte, ne le modifiez pas sans avoir vérifié vos corrections sur l’original en papier. Bonne lecture !

A Elisabeth Craig.[1]

Notre vie est un voyage
Dans l’hiver et dans la Nuit,Nous cherchons notre passage
Dans le Ciel où rien ne luit.

Chanson des Gardes Suisses
1793[2]

Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination. Tout le reste n’est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force.
Il va de la vie à la mort. Hommes, bêtes, villes et choses, tout est imaginé.C’est un roman, rien qu’une histoire active. Littré le dit, qui ne se trompe jamais.
Et puis d’abord tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les veux.
C’est de l’autre côté de la vie.

[Préface à la réédition de 1952]

Ah ! on remet le « Voyage » en route. Ça me fait un effet.
Il s’est passé beaucoup de choses depuis quatorze ans...
Sij’étais pas tellement contraint, obligé pour gagner ma vie, je vous le dis tout de suite, je supprimerais tout. Je laisserais pas passer plus une ligne.
Tout est mal pris. J’ai trop fait naître de malfaisances.
Regardez un peu le nombre des morts, des haines autour... ces perfidies... le genre de cloaque que ça donne... ces monstres...
Ah, il faut être aveugle et sourd !Vous me direz : mais c’est pas le « Voyage » ! Vos crimes là que vous en crevez, c’est rien à faire ! c’est votre malédiction vous-même ! votre « Bagatelles » ! vos ignominies pataquès ! votre scélératesse imageuse, boutonneuse ! La justice vous arquinque ? garrotte ? Eh foutre, que plaignez ? Zigoto !
Ah mille grâces ! mille grâces ! Je m’enfure ! fuerie ! pantèle ! bomine ! Tartufes !Salsifis ! Vous n’errerez pas ! C’est pour le « Voyage » qu’on me cherche ! Sous la hache, je l’hurle ! c’est le compte entre moi et « Eux » ! au tout profond... pas racontable... On est en pétard de Mystique ! Quelle histoire !
Si j’étais pas tellement contraint, obligé pour gagner ma vie, je vous le dis tout de suite, je supprimerais tout.
J’ai fait un hommage aux chacals !... Jeveux !... Aimable !... Le don d’avance... « Denier à Dieu » !... Je me suis débarrassé de la Chance... dès 36... aux bourrelles ! Procures ! Roblots !... Un, deux, trois livres admirables à m’égorger ! Et que je geigne ! J’ai fait le don ! J’ai été charitable, voilà !
Le monde des intentions m’amuse... m’amusait... il ne m’amuse plus.
Si j’étais pas tellement astreint, contraint,je supprimerais tout... surtout le « Voyage »... Le seul livre vraiment méchant de tous mes livres c’est le « Voyage »... Je me comprends... Le fonds sensible...
Tout va reprendre ! Ce Sarabbath ! Vous entendrez siffler d’en haut, de loin, de lieux sans noms : des mots, des ordres...
Vous verrez un peu ces manèges !... Vous médirez..
Ah, n’allez pas croire que je joue ! Jene joue plus, je suis même plus aimable.
Si j’étais pas là tout astreint, comme debout, le dos contre quelque chose... je supprimerais tout.

Ça a débuté comme ça. Moi, j’avais jamais rien dit. Rien. C’est Arthur Ganate qui m’a fait parler. Arthur, un étudiant, un carabin lui aussi, un camarade. On se rencontre donc place Clichy. C’était après le déjeuner. Il veut me parler....
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