Cafe noir

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Café noir : Agnès Schnell 2003
La nappe à carreaux rouges et blancs retenait toute son attention. Elle grattait une tache invisible pour les autres, étendue pour elle.
Elle s'entêtait àeffacer un relief inexistant.
Elle venait ici tous les jours, après les heures de bureau. Elle y restait peu, 30 ou 40 minutes. Le temps de se retrouver, de puiser quelques forces devant un café noirqui l'empêcherait de dormir. De toute façon, elle dormait peu.
Elle n'avait jamais bien dormi, même avant.
Elle tournait longuement la cuiller dans le liquide pour y dissoudre le morceau desucre. Le rythme machinal et lent du geste, le petit sillon éphémère creusé en surface entraînaient ses pensées.
Elle descendait lentement dans sa réflexion, là où les mots ne sont plus nécessairesparce que le partage n'est plus possible. Elle descendait dans son intimité frileusement fermée. Elle atteignait la naissance de sa tristesse, la racine de ses souvenirs, la boue de sa vie. Elleportait un regard toujours critique sur ses pensées, une introspection douloureuse, parfois. Elle mesurait chaque fois sa force et ses faiblesses, sa volonté et sa veulerie.
De temps à autre, elleregardait distraitement les autres consommateurs ou s'attardait dans l'observation d'une scène amusante ou pitoyable dans son indécence. Ces gens se perdaient en discussions vaines ou s'égaraient en proposobscurs, insensés, incohérents, oubliant toute pudeur.
Mais les autres l'intéressaient de moins en moins. Elle avait trop à faire avec sa vie, avec son désespoir et ses illusions, ses promesseset ses espérances.
Que les choses variaient vite, comme elles nous échappaient  !
Avant, ils étaient cinq, puis quatre, puis une. En quelques mois, ce qui composait une famille, sa famille,avait disparu.
La mort de l'un, le départ quasi simultané des autres l'avaient désorientée. Une échappée soudaine, comme si la mort avait lâché le lien qui les tenait, qui les réunissait. Les...
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