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Trans— No 6 : Écriture et Chaos

« Dictature et chaos »

Cécile BROCHARD © 1

Dictature et chaos dans le roman du dictateur hispano-américain
Cécile BROCHARD

Quoi de plus ambigu a priori que l’association entre chaos et dictature ? Garante de l’ordre social, celle-ci entend supprimer toute dissidence et faire triompher une pensée unique, détentrice de la vérité. Pour ce faire, l’Étatdictatorial doit liquider l’héritage du régime politique précédent, responsable de troubles et destructeur de repères pour la société : la dictature se veut reconstruction d’une identité collective et purification d’une nation en dissolution. Le chef de l’État dictatorial permet cette instauration forcée de l’ordre, en même temps qu’il l’incarne. Il détient l’autorité absolue, c’est-à-dire lepouvoir d’imposer l’obéissance. Il symbolise la droiture et l’unicité de la nation et
se fera fort […] de faire disparaître le trouble dans les pensées grâce à sa pensée droite, qui annonce les temps nouveaux et qui dit la vérité sur le monde […]. On aboutit ainsi à une société sans opposition ou plus exactement où toute opposition existante se voit pourchassée, tout adversaire devenant un ennemi et untraître et étant destiné à la fusillade, au camp de concentration ou encore à la « disparition » pure et simple1.

L’État dictatorial est donc en guerre permanente contre la confusion ; les rébellions sont sanctionnées parce que la diversité est l’ennemie de la dictature. Comment le désordre, la confusion, la division pourraient-ils exister légitimement au sein d’un régime politique défini parla recherche constante de l’ordre, de l’organisation, de l’unité ? Comment envisager le chaos autrement que comme l’antonyme de la dictature, ce qu’il faut traquer et éliminer ? Loin de reproduire la réalité politique, les représentations littéraires de la dictature se plaisent au contraire à en offrir une image inversée. Gabriel García Márquez, Alejo Carpentier et Augusto Roa Bastos choisissenten effet d’interroger les rapports entre dictature et chaos dans trois romans appartenant au sous-genre hispano-américain du « roman de dictateur » : Le Recours de la méthode, Moi, le Suprême ainsi que L’Automne du Patriarche. Une tension existe dans ces romans entre la recherche apparente de l’ordre et la présence irréductible du désordre, ce dernier trouvant son expression la plus aboutie dansles multiples images d’un monde chaotique, à l’envers, avec toute la subversion attachée à la symbolique carnavalesque. Mais les romanciers vont plus loin encore, dans la mesure où le chaos n’épargne pas le personnage du dictateur, bien au contraire : l’identité de celui-ci se fractionne, et sa parole va jusqu’à rejoindre une polyphonie narrative pour le moins équivoque. La dictature entre ordre etchaos carnavalesque Dans les romans du dictateur, le chef de l’État dictatorial doit être celui qui fait respecter l’ordre : c’est ainsi que l’Illustre Académicien du Recours de la méthode, parisien opposé au désordre et adepte du rationalisme cartésien, se réjouit de ce que le Premier Magistrat ait été
1

Eugène Enriquez, De la horde à l’État. Essai de psychanalyse du lien social (1983),Paris, Gallimard, 2003, p. 452-453.

http://trans.univ-paris3.fr/

ÉTÉ 2008

(ISSN 1778-3887)

Trans— No 6 : Écriture et Chaos

« Dictature et chaos »

Cécile BROCHARD © 2

réélu dans son pays d’Amérique du Sud, « sabiendo que la continuidad del poder era garantía de bienestar material y equilibrio político2 ». La stabilité du gouvernement se révèle indissociable de la construction d’unenation forte et unie autour d’un même chef, et c’est ce but que semble poursuivre le Premier Magistrat. Il en est de même pour le Suprême du roman d’Augusto Roa Bastos, sanctionnant la parodie de ses funérailles « a bayoneta calada3 », car
disculp[a] ciertos errores. No aquellos que pueden tornarse peligrosos para el orden en que viven los que quieren vivir dignamente. No toler[a] a aquellos...
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