Lol v. stain

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L’année dernière à Calcutta

India Song


réalisé par Marguerite Duras

Gros Plans > 12 octobre 2010
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C’est en 1973 que Marguerite Duras publie India Song, défini par la mention « texte, théâtre, film ». L’œuvre convoque des personnages et des atmosphères déjà présents dans des textes antérieurs, et notamment Le Ravissement de Lol V. Stein et Le Vice-Consul. Un an plus tard, cette « histoired’amour immobilisée dans la culminance de la passion » prend la forme d’un film ; Delphine Seyrig et Michael Lonsdale prêtent leurs traits et leurs voix aux deux protagonistes, la femme de l’ambassadeur et le vice-consul, réunis le temps d’une soirée à l’ambassade de France à Calcutta. A sa présentation au festival de Cannes en 1975, India Song fascine certains, en irrite d’autres. Plus de trente ansaprès sa sortie, le film, que le festival de La Rochelle a récemment diffusé dans le cadre d’un hommage rendu à Delphine Seyrig, divise encore. Sa puissance dérangeante tient sans doute à ce qu’il échappe résolument à toute étiquette, et s’invente à lui-même ses propres règles et son propre langage.


Au commencement est la musique. L’objet filmique inclassable qu’est India Song peutdéboussoler, dépayser - mais il ne déroge jamais à cette évidence primaire. Le fil rouge, la trame du film, ne sont pas narratifs, mais affectifs ; ils font vibrer les cordes musicales comme on convoque un souvenir : dans un espace qui est tout sauf rationnel. La musique – celle des notes, celle des mots – acquiert chez Duras une étrange indépendance ; les voix viennent commenter et éclairer l’image sansjamais sembler émaner des corps ; les lèvres demeurent résolument closes. Il n’y a pas à proprement parler scission de l’image et du son (chacun éclaire l’autre en permanence, et ils ne peuvent exister que par leur interaction), mais bien plutôt une abolition de la hiérarchie qui pèse toujours, de manière plus ou moins flagrante, sur un cinéma parlant qui subordonne systématiquement le son à l’image.Il y a là une déconstruction du langage cinématographique dans ce qu’il a de plus évident. Elle s’opère au niveau de l’articulation des médiums, mais aussi du traitement spécifique à chacun d’eux. L’image est dilatée, étendue jusqu’à en devenir intemporelle ; des plans d’une lenteur audacieuse montrent tantôt des corps, tantôt des lieux, effrayants d’immobilité, d’inaction – de « découragement ».Le son est démultiplié à l’infini ; s’il prend en charge la narration, ce n’est que par strates, sans linéarité, et en obéissant à un principe aussi imprévisible et affectif que celui de la mémoire.
Un lieu et une musique
Le lieu, « Les Indes », porte son pluriel comme un gant : il n’est qu’enchevêtrement, recoupement de voies et de voix, confusion aussi, où se côtoient des endroits nonlimitrophes dans la réalité, créant un univers qui se moque de la vraisemblance et ne s’attache qu’à l’insaisissable (qui est aussi l’essentiel) : la pureté d’un souvenir qui se pense sur le mode du sensible plus que de l’intelligible, et obéit à des images, des sons et des odeurs qui s’imposent progressivement, mais sans ordre apparent, dans une logique et une temporalité qui lui sont propres, et seréinventent à chaque instant. La musique est double : le chant de la mendiante, qui accompagne le plan inaugural d’un soleil rouge ; et « India Song », cet air inventé pour le film, répété en une litanie obsessionnelle – cet air qui a porté le vice-consul de Lahore jusqu’aux Indes, et qui lui donne « envie d’aimer ».
Il faut sans doute, pour se laisser séduire par l’univers de Marguerite Duras,...
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